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Remise de la Croix de la Libération au sous-marin nucléaire d’attaque "Rubis"

vendredi 7 juin 2013 , par Christian LECALARD

C’est sous une pluie battante et un plafond bas que le général Simon, chancelier de l’Ordre, président national de l’Association des Français Libres, a remis au sous-marin nucléaire "Rubis" la Croix de la Libération gagnée par le précédent bâtiment de ce nom. Sur le pont du sous-marin flambant neuf, amarré dans l’arsenal de Brest, le chancelier s’est adressé au jeune équipage en ces termes :

Le 12 juin 1945, le commandement des sous-marins à l’amirauté britannique adressait au commandant du "Rubis" le message suivant :

"Au moment de votre départ du Royaume-uni, je veux vous adresser, à vous et à votre vaillant équipage, notre très grande appréciation pour votre magnifique contribution à notre effort commun dans la lutte sous-marine. Bien que le résultat complet de vos activités ne doive, sans doute, jamais être connu, l’arme sous-marine britannique est parfaitement consciente de la façon audacieuse et efficace avec laquelle vous les aurez exercées."

Tel fut l’hommage rendu au courage de ceux qui avaient combattu ces cinq années d’une terrible guerre.

Commandant,
Officiers,
Officiers-mariniers,
Quartiers-maîtres,
Equipage du "Rubis",
Vous, qui portez le glorieux nom du bâtiment FNFL battant pavillon à Croix de Lorraine, souvenez-vous :

- 28 missions, totalisant 364 jours, effectuées entre le 1er mai 1940, date à laquelle, conjointement à nos alliés britanniques, vous participiez à l’expédition de Norvège ;

- 28 missions, dont la dernière en Norvège aussi, viendra clore, le 22 décembre 1944, votre épopée tantôt sur les côtes de l’Atlantique, du Raz de Sein au Golfe de Gascogne, tantôt en mer du Nord ou en mer de Norvège, en patrouilles simples ou en débarquements d’agents, votre mission première restera, cependant le mouillage des mines.

A chaque sortie, vous emportiez 32 d’entre elles, et 683 furent mouillées en des points stratégiques qui, non seulement provoquèrent la perte d’une vingtaine de bâtiments de guerre ou de commerce, mais aussi, amenèrent d’importantes interruptions du passage des convois ennemis.

Sous les commandements successifs du lieutenant de vaisseau Cabanier et du lieutenant de vaisseau Rousselot, on peut affirmer que, dans son ensemble, un seul et même équipage participera à toutes ces opérations.

Souvenez-vous de votre tenacité, de votre endurance, de la continuité de l’effort, malgré les alertes, les plongées en catastrophe, les longues heures d’attente et les avaries survenues dans les eaux contrôlées par l’adversaire.

Que reste gravé en votre mémoire :
- le 15 juillet 1940, où le lieutenant de vaisseau Cabanier, avec le consentement de 50 de ses hommes, mettait le "Rubis" aux ordres du général De Gaulle.

Que reste gravé en votre mémoire :
- le 14 octobre 1941, où le"Rubis", compagnon de la libération, se voit décerner l’exmplaire citation suivante, signée Charles De Gaulle :

"Bâtiment qui n’a pas cessé une seule heure de servir la France dans la guerre depuis le début des hostilités et dont l’état-major et l’équipage ont fait preuve des plus belles qualités guerrières en accomplissant de nombreuses et périlleuses missions dans les eaux ennemies. A infligé aux transports maritimes allemands des pertes sévères. Très sérieusement endommagé au cours d’une attaque, a réussi à regagner sa base au prix d’efforts inouis du personnel et en traversant un champs de mines très dangereux."

Que restent gravés en votre mémoire, les noms :

- du lieutenant de vaisseau Cabanier,
- du lieutenant de vaisseau Rousselot,
- du lieutenant de vaisseau Simon-Dubuisson,
- du maître mécanicien Dangel,
- du second-maître Guillamet,
- du maître timonier Laurent,
- du maître torpilleur Leguen,

vos illustres compagnons.

Aujourd’hui, votre bâtiment renait à la mer. Vous, marins, en êtes le coeur et l’esprit, fidèles à la France, à sa grandeur, à sa destinée.

De par la tradition et de par votre engagement de servir la patrie, vous êtes dans l’honneur notre Compagnon."

Le général Simon épinglait alors l’insigne de cette distinction exceptionnelle sur le fanion tricolore offert par les anciens du vieux "Rubis" puis confiait au nouveau bâtiment le texte, gravé sur cuivre, de la citation décernée par le général De Gaulle, le 24 octobre 1941. La tradition d’une vertu guerrière exemplaire, faite de continuité dans le succès, se trouvait ainsi solennellement accomplie, le 3 février 1984.

De nombreuses personnalités maritimes ou brestoises, au premier rang desquelles les vice-amiraux d’escadre Bracq de la Perrière, préfet maritime et Bonnemaison, commandant les sous-marins nucléaires, le vice-amiral Girardon, président de l’amicale des FNFL, Monsieur Charles Le Gosguen, compagnon de la Libération, assistaient à cette cérémonie. Mais les plus émus étaient probablement les anciens du sous-marin de la France Libre "Rubis" regroupés à Brest depuis deux jours, au nombre de trente, chiffre assez remarquable pour un équipage de moins de 60 hommes, qui s’était peu renouvelé au cours de la guerre et qui fut dispersé à Oran au mois de juillet 1945.

Des sept compagnons de la Libération, seuls étaient présents le lieutenant de vaisseau Rousselot, maintenant amiral, et le second maître Guillamet, accompagné de son fils, capitaine de corvette ; mais deux autres compagnons étaient représentés par leur veuve : Mme Cabanier et Mme Simon-Dubuisson.

Etaient aussi présents : Mme Abraham, veuve du quartier-maître timonier et, par ordre alphabétique, Aubert, Babin, Baivier, Besnault, Blondel, Corgnon, Descormes, Follie, Guillerm, Helie, Laenen, Lamy, Latour, Le Bloas, Le Danois, venu spécialement du Texas, Le Saout, Lucas, doyen d’âge, Louboutin, Mac Lean (officier de liaison), Maurier, Menez, Renard, Sauz, Sarti, Tailladet, Valois, Vissian et Windels.

Sept autres n’ayant pu se déplacer avaient cependant tenu à contribuer à l’achat du fanion : Cassard, Gaillard, Guyomard, Janil, de saint-Pierre et Miquelon, Lollier, Palarès et Ramenaut (installé à Québec). Tous ceux-là, et quelques autres, disparus ou absents, sont les authentiques auteurs de la tradition transmise ce jour-là, à une nouvelle génération de sous-mariniers.

Pour que cette transmission fût possible, il avait fallu un nouveau "Rubis". On sait à la suite de quelles péripéties ce nom fut attribué au premier sous-marin nucléaire d’attaque français, conformément au choix fait par le général De Gaulle en 1965. Ce nom s’attache aussi à l’ensemble des bâtiments du même type, le type "Rubis". Ainsi, occupe-t-il, dans son domaine, la place qui, lui revient : la première.

(Amicale F.N.F.L)


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